Jeux de hasard en ligne en Italie : des sénateurs du PD interpellent le MEF sur les risques liés à la lutte contre le blanchiment d'argent
L’essor des jeux de hasard en ligne et le développement toujours plus rapide des technologies appliquées aux paris posent de nouveaux défis aux autorités de régulation et aux institutions. Les paiements numériques, les portefeuilles électroniques, les cryptomonnaies et les nouvelles formes de paris sont en train de redessiner le marché, rendant nécessaire une mise à jour constante des outils de surveillance et de contrôle.
La question a été soulevée auprès du ministère de l’Économie et des Finances (MEF) par le biais d’une question parlementaire déposée par un groupe de sénateurs du Parti démocrate (PD). La question demande des éclaircissements sur les initiatives prévues pour renforcer les mesures contre le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale dans le secteur des jeux de hasard en ligne.
La question parlementaire, signée par 18 sénateurs du Parti démocrate, se concentre sur certains des changements les plus significatifs dans l’écosystème de l’iGaming. Ceux-ci vont de la gestion des flux financiers via des instruments numériques à la prolifération des plateformes de marchés de prédiction, en passant par des pratiques telles que les paris compensés, les paris sûrs et l’utilisation abusive de comptes de jeu multiples.
Cette question met en lumière l’un des principaux défis du secteur : soutenir l’innovation et la compétitivité du marché tout en garantissant la transparence, la sécurité et le respect total de la réglementation.
Les jeux de hasard en ligne sur le marché italien
Le secteur italien des jeux de hasard réglementés reste l’un des secteurs économiques les plus importants du pays. Selon les chiffres cités dans la question parlementaire et dans l’analyse sectorielle, le montant total des mises sur le marché italien s’élevait à environ 165 milliards d’euros en 2025.
Les jeux de hasard à distance jouent désormais un rôle de plus en plus central et ont définitivement supplanté le canal traditionnel des établissements terrestres. Les jeux de hasard en ligne représentent plus de la moitié du total des mises, ce qui confirme un changement structurel dans les habitudes des consommateurs.
La numérisation a favorisé une plus grande accessibilité et créé de nouvelles opportunités commerciales pour les opérateurs et les titulaires de licence. Cependant, elle a également rendu la surveillance des activités plus complexe.
Pour accompagner cette transformation, le décret législatif n° 41 du 25 mars 2024 a introduit une réorganisation du secteur réglementé des jeux de hasard à distance, en actualisant plusieurs aspects des règles applicables aux opérateurs agréés et aux outils utilisés par les joueurs.
Traçabilité des paiements et risque de blanchiment d’argent dans le secteur des jeux de hasard en ligne
L’un des principaux points soulevés dans la question parlementaire concerne la traçabilité des mouvements financiers liés aux comptes de jeux de hasard.
Les sénateurs mettent l’accent sur des outils tels que les cartes prépayées, les portefeuilles électroniques et les systèmes de recharge associés aux plateformes en ligne. Selon les signataires, ceux-ci nécessitent une surveillance constante afin de prévenir toute utilisation abusive.
La Cellule de renseignement financier de la Banque d’Italie a également souligné au fil des ans la nécessité de maintenir une vigilance accrue sur le secteur des jeux de hasard, notamment en ce qui concerne l’utilisation d’instruments de paiement autres que les espèces et l’identification correcte des parties impliquées dans les transactions.
La question centrale ne porte pas seulement sur l’enregistrement technique des transactions, mais aussi sur la capacité du système à garantir l’origine réelle des fonds et à prévenir des pratiques telles que la détention de comptes sous de faux noms ou le recours à des tiers.
Nouvelles limites de recharge et rôle des PVR
Une autre question abordée concerne les « Punti Vendita Ricariche » (PVR), c’est-à-dire les points de recharge en magasin liés aux comptes de jeux de hasard en ligne.
Les règles introduites par la réorganisation du secteur prévoient de nouvelles mesures visant à renforcer la traçabilité des flux financiers. À compter du 13 mai 2026, des dispositions limitant l’utilisation d’espèces dans les PVR sont entrées en vigueur, fixant un plafond hebdomadaire de 100 €. Au-delà de ce seuil, des moyens de paiement traçables doivent être utilisés.
L’objectif est de réduire le risque que des fonds d’origine non vérifiée soient transférés vers des comptes de jeux de hasard via des canaux difficiles à surveiller.
La question parlementaire demande également au MEF d’évaluer si certains systèmes basés sur des cartes nominatives, des portefeuilles électroniques ou des outils similaires utilisés par les concessionnaires sont pleinement conformes à la législation en vigueur et aux objectifs fixés par la réglementation anti-blanchiment.
Il s’agit d’un point particulièrement sensible pour le secteur, qui doit trouver un équilibre entre efficacité opérationnelle et normes de conformité.
Débat sur les marchés de prédiction et les cryptomonnaies
Le document parlementaire s’intéresse également aux plateformes de marchés de prédiction, un phénomène qui a connu une croissance rapide à l’échelle internationale. Ces systèmes permettent aux utilisateurs de formuler des prévisions sur l’issue d’événements futurs, en utilisant des modèles pouvant présenter des caractéristiques communes aux paris et aux instruments financiers.
Le débat réglementaire porte principalement sur les plateformes ne disposant pas d’autorisation nationale et celles reposant sur l’utilisation de cryptomonnaies et de la technologie blockchain.
Selon les sénateurs, certains modèles opérationnels reposant simplement sur la connexion de portefeuilles numériques pourraient compliquer l’identification des utilisateurs et le suivi fiscal des recettes.
Le texte des sénateurs évoque également le cas de Polymarket, une plateforme internationale de marché de prédiction, comme exemple des nouveaux défis que le développement du secteur pose aux régulateurs.
Les paris compensés, les paris sûrs et l’utilisation abusive de plusieurs comptes de jeux de hasard
La question parlementaire aborde également les stratégies utilisées par certains utilisateurs pour réaliser des profits en comparant les cotes et les promotions proposées par les opérateurs.
Le « matched betting » repose principalement sur l’utilisation combinée de bonus et d’offres promotionnelles, tandis que le « sure betting » exploite les différences temporaires entre les cotes proposées par différents bookmakers.
Lorsqu’elles sont pratiquées de manière occasionnelle auprès d’opérateurs agréés, ces pratiques s’inscrivent dans la dynamique normale du marché. La question soulevée par les sénateurs concerne la transformation éventuelle de cette activité en systèmes organisés et continus visant à générer des revenus réguliers.
Selon les signataires, un cadre plus clair est nécessaire pour distinguer l’utilisation occasionnelle des formes structurées d’activité susceptibles de revêtir un caractère professionnel.
La comptabilité multi-entités et la protection de l’intégrité du système
La gestion de comptes multiples figure également parmi les pratiques mises en évidence. Il s’agit de la création ou de la gestion de plusieurs comptes de jeux de hasard enregistrés au nom de différentes personnes.
Dans certains cas, cette pratique est utilisée pour contourner les restrictions imposées par les opérateurs sur certains types de comportements des utilisateurs.
Le risque identifié concerne l’utilisation éventuelle de titulaires de comptes fictifs, ce qui peut entrer en conflit avec les principes qui sous-tendent la législation anti-blanchiment et avec les outils utilisés pour vérifier l’identité des joueurs.
C’est pourquoi les sénateurs réclament des mesures de contrôle plus strictes, notamment une meilleure coordination avec l’Agence des douanes et des monopoles (ADM).
L’avenir de la réglementation des jeux de hasard en ligne
La transformation des jeux de hasard en ligne pose un défi de plus en plus complexe aux institutions : mettre en place un système réglementaire capable de suivre le rythme des évolutions technologiques sans freiner l’innovation.
L’intelligence artificielle, la blockchain et les nouveaux instruments financiers numériques modifient rapidement la manière dont les utilisateurs interagissent avec le marché des paris.
Pour le secteur de l’iGaming, le prochain équilibre dépendra de la capacité à concilier développement technologique, protection des consommateurs et sécurité des flux financiers.
La question parlementaire soumise au MEF confirme que la conformité deviendra de plus en plus centrale pour l’avenir des jeux de hasard en ligne, tant pour les opérateurs agréés que pour les régulateurs chargés de gérer une transformation mondiale.
Cet article a été initialement publié sur la page italienne de SiGMA News le 1 juin 2026.
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