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Un soldat américain inculpé dans l'affaire de délits d'initiés impliquant Maduro et Polymarket

Neha Soni
Rédigé par Neha Soni
Traduit par Tarik Taloufate

Un soldat des Forces spéciales de l’armée américaine a été inculpé pour avoir prétendument gagné plus de 400 000 dollars en utilisant des informations classifiées afin de parier sur la destitution du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro via la plateforme de prédiction Polymarket. Cette affaire, portée devant la justice par le ministère américain de la Justice, serait la première poursuite judiciaire établissant un lien entre les lois sur le délit d’initié et les marchés de prédiction.

Utilisation présumée d’informations classifiées

Selon le parquet, Gannon Ken Van Dyke, un sergent-chef de l’armée américaine âgé de 38 ans, aurait utilisé des renseignements sensibles au cours des semaines précédant la capture de Maduro, le 3 janvier, pour effectuer des paris sur Polymarket. L’acte d’accusation indique que Van Dyke avait accès à des « informations sensibles, non publiques et classifiées » concernant l’opération dès le début du mois de décembre 2025, plusieurs semaines avant d’effectuer ces transactions. Les paris prédisaient que les forces américaines entreraient au Venezuela et que Maduro serait destitué, des scénarios qui se sont ensuite concrétisés.

Van Dyke, qui était stationné à Fort Bragg, a été inculpé de plusieurs chefs d’accusation, notamment de fraude, de vol d’informations non publiques et de transactions financières illégales. Des poursuites civiles ont également été engagées par la Commodity Futures Trading Commission.

Une affaire qui fera date pour les marchés de prédiction

D’après les documents judiciaires, il aurait placé une quinzaine de paris sur Polymarket entre le 27 décembre et début janvier, en misant principalement sur une intervention militaire américaine et la destitution de Maduro. Les autorités affirment que ces paris lui ont rapporté plus de 400 000 dollars de bénéfices, soit un rendement plus de dix fois supérieur à sa mise initiale.

Selon les responsables, cette affaire marque une étape importante dans la réglementation des plateformes financières émergentes. Le procureur général par intérim, Todd Blanche, a souligné qu’il était interdit aux militaires d’utiliser des informations classifiées à des fins d’enrichissement personnel. Polymarket a déclaré avoir signalé cette activité suspecte et coopéré avec les autorités, affirmant que le délit d’initié n’avait pas sa place sur sa plateforme.

Flambée des paris avant la capture de Maduro

Ces accusations font suite à un examen minutieux des activités de Polymarket au cours des semaines qui ont précédé la destitution de Maduro, période durant laquelle les traders ont injecté des millions de dollars dans des marchés liés à l’avenir politique du Venezuela. Sur les marchés prédisant le départ de Maduro, les probabilités ont grimpé en flèche, passant de quelques pourcents à une quasi-certitude, quelques heures seulement après l’annonce publique de l’opération. Les volumes de transactions sur ces marchés variaient entre moins d’un million et près de trois millions de dollars.

Un compte, créé peu avant l’opération et dont on soupçonne aujourd’hui qu’il appartient à Van Dyke, a misé plus de 30 000 dollars sur le départ de Maduro d’ici la fin janvier. À la suite de cette prise de pouvoir, la position a généré des bénéfices dépassant 400 000 dollars, ce qui a immédiatement soulevé des soupçons quant à une éventuelle utilisation d’informations privilégiées. Au moment où les paris ont été placés, la probabilité de la destitution de Maduro était estimée à un peu plus de 5 %, rendant le timing et l’ampleur des paris hautement inhabituels.

Questions d’éthique et de réglementation

Cet épisode a ravivé le débat sur l’éthique des marchés de prédiction, en particulier ceux liés aux conflits géopolitiques. Polymarket, lancé en 2020, permet aux utilisateurs de parier sur des événements du monde réel, notamment des élections, des événements économiques et, de plus en plus, des développements militaires. Des marchés antérieurs avaient déjà donné lieu à des spéculations sur des conflits potentiels, tels qu’une escalade entre l’Inde et le Pakistan.

Les détracteurs affirment que ces marchés risquent de monétiser des événements mondiaux sensibles. Certains analystes ont averti que parier sur la guerre ou l’instabilité politique pourrait fausser la perception du public et encourager l’utilisation abusive d’informations privilégiées.

Cela a incité les législateurs américains à présenter un projet de loi visant à interdire les contrats de marchés de prédiction liés aux guerres. Le représentant Mike Levin et le sénateur californien Adam Schiff ont dévoilé la Loi visant à décourager les pratiques abusives, les paris sur les tragédies et les préjudices dans les systèmes de trading événementiel, ou loi PARIS SUR LA MORT. Cette législation vise à interdire les contrats de marchés de prédiction liés à la guerre, aux assassinats, au terrorisme et aux décès individuels, en faisant valoir que de tels paris posent de graves risques éthiques et pour la sécurité nationale. Par ailleurs, six sénateurs américains, menés par Adam Schiff (Californie), ont officiellement exhorté la Commission des opérations à terme sur matières premières (CFTC) à interdire catégoriquement les contrats de marchés de prédiction dont l’issue repose sur la mort, avertissant que ces produits posent de graves risques pour la sécurité nationale et sur le plan éthique.

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